Bière psychédélique d’alliance

Bière psychédélique d’alliance

Les chercheurs supposent que les dirigeants de l’ancien empire Wari utilisaient de la bière enrichie d’une drogue hallucinogène pour rallier les communautés voisines lors de grands festins.
J. Ochatoma Paravicino / M. E. Biwar et al., Antiquity (2021)

Une étude récente publiée dans Antiquity révèle qu’une ancienne civilisation sud-américaine ajoutait volontairement des drogues psychoactives à une boisson fermentée semblable à la bière pour renforcer les liens sociaux et étendre son influence. Cette découverte constitue l’une des preuves archéologiques les plus claires de l’utilisation des hallucinogènes par les sociétés anciennes à des fins récréatives et de cohésion sociale.

L’étude se concentre sur la civilisation Wari, qui prospéra dans les Andes péruviennes entre 500 et 1000 de notre ère. Des fouilles menées sur le site de Quilcapampa ont mis en évidence la production à grande échelle de chicha, une boisson fermentée courante dans la région. Contrairement à d’autres civilisations, les Wari infusaient leur chicha avec une substance hallucinogène, une pratique inhabituelle qui les distinguait.

Les chercheurs ont découvert des traces de graines de vilca près des sites de brassage de la chicha. Ces graines contiennent de la bufoténine, un composé psychoactif généralement inhalé ou fumé. Toutefois, l’absence d’outils pour fumer ou priser suggère que les Wari consommaient la vilca sous forme liquide. Bien que des récits historiques mentionnent l’ajout de vilca aux boissons, cette étude fournit la première preuve archéologique de son incorporation dans une boisson alcoolisée.

Fait encore plus marquant, les chercheurs estiment que les Wari utilisaient cette chicha psychoactive de manière stratégique. Alors que, dans de nombreuses sociétés anciennes, les hallucinogènes étaient réservés aux cérémonies religieuses ou aux élites, les Wari semblaient les intégrer à de grands rassemblements sociaux. Mathew Biwer, co-auteur de l’étude, soulignait en 2022 que cette approche différait des usages traditionnels des hallucinogènes, habituellement exclusifs et rituels.

Chicha infusée à la vilca : un outil diplomatique pour l’expansion Wari

À Quilcapampa, la chicha infusée à la vilca a probablement aidé les élites Wari à forger des alliances en offrant une expérience exclusive. Comme la vilca provenait de centaines de kilomètres, les invités ne pouvaient pas la reproduire, créant ainsi un sentiment d’endettement.

« Les Wari utilisaient la vilca dans la chicha pour impressionner des invités incapables de recréer cette expérience », a déclaré Biwer à CNN. « Cela renforçait les liens sociaux et consolidait le pouvoir des dirigeants Wari. »

Les chercheurs suggèrent que les élites Wari contrôlaient l’usage de la vilca pour préserver leur statut. Bien que spéculative, cette théorie met en lumière la manière dont l’empire aurait pu étendre son influence par des expériences psychédéliques partagées plutôt que par la force.

Les festins comme outil d’influence : comment les hôtes Wari renforçaient leur pouvoir par la réciprocité

Biwer a déclaré à Gizmodo en 2022 que les festins Wari avaient une importance sociale, économique et politique. Les invités recevant nourriture et boissons psychoactives se sentaient souvent obligés de rendre la pareille, créant ainsi des dépendances à long terme qui renforçaient l’influence de l’hôte.

« Cela crée des obligations sociales qui se traduisent par un pouvoir réel », a expliqué Biwer. « Les festins et les surplus permettent d’établir des relations où certains deviennent redevables aux autres, générant ainsi de l’influence. »

Des découvertes similaires révèlent l’usage ancien des psychédéliques à travers le monde. En Égypte, une équipe dirigée par Davide Tanasi a mis au jour un vase de 200 av. J.-C. contenant une boisson fermentée mélangée à du Peganum harmala (rue de Syrie) et du Nymphaea caerulea (lotus bleu d’Égypte). La rue de Syrie amplifie les effets psychoactifs, tandis que le lotus bleu était associé aux rituels. Les chercheurs estiment que ce mélange jouait un rôle dans le Festival de l’Ivresse, où les participants consommaient cette boisson, perdaient conscience et recevaient des visions de la déesse Hathor.

Ces découvertes éclairent la manière dont les civilisations anciennes utilisaient les substances psychoactives à des fins sociales, religieuses et politiques, influençant l’histoire de façon inattendue.


Lis l’article original : New Atlas

En savoir plus : For the First time, Scientists Observe Living Plant Cells Producing Cellulose and Constructing Cell Walls

Share this post

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *